Il est des adresses en Provence où le temps semble suspendu, bercé par le chant des cigales, le parfum du thym et la passion des hommes. L’Hostellerie Bérard, véritable institution nichée au cœur du village perché de La Cadière-d’Azur, fait partie de ces lieux magiques qui marquent un voyageur au plus profond de son cœur.
Depuis ma première rencontre avec cette belle maison, l’eau a coulé sous les ponts. Après cinquante années d’un dévouement exceptionnel, Danièle et René Bérard ont pris une retraite amplement méritée. Mais l’histoire de cette dynastie ne s’arrête pas là. Refusant de voir le domaine familial mis en vente, la troisième génération est entrée en scène : c’est Marie-Victoire, leur petite-fille âgée d’une vingtaine d’années, qui a repris le flambeau hôtelier, épaulée par l’expérience de ses parents Sandra Bérard et Bruno Caironi.

Désormais rebaptisée Maison Bérard, l’adresse entame un nouveau chapitre de modernisation et de montée en gamme sous l’impulsion de Marie-Victoire, tout en préservant l’âme intacte des lieux. Quant à son père, le chef étoilé Jean-François Bérard, il s’est installé à La Bastide des Saveurs, le mas familial situé dans la plaine, pour y proposer une table d’hôtes décomplexée, conviviale et axée sur le partage.
Pour illustrer ce voyage dans le temps, j’ai rouvert mes archives et retrouvé des compositions d’images que l’établissement m’avait partagées à l’époque. Bien que ces visuels ne soient pas de moi, c’est un vrai bonheur de vous les partager ici comme un précieux souvenir de cette grande période. Installez-vous confortablement, et laissez-moi vous raconter l’expérience immersive que j’ai vécue en famille au cœur de la grande époque de cette famille hors du commun.
Le charme authentique de l’Hostellerie Bérard à La Cadière-d’Azur
La Cadière-d’Azur est un petit village typiquement provençal, magnifiquement niché sur une colline offrant une vue imprenable sur la vallée et sur Le Castellet, l’un des spots les plus touristiques de la région. Ce qui séduit d’emblée ici, c’est que le village vit, tout simplement, bercé par le climat clément du sud de la France. En remontant la rue principale pour rejoindre l’établissement, on traverse une Provence authentique : on passe devant divers petits commerces, des ateliers d’artistes, tandis que les enfants jouent dans les ruelles et les venelles sous le regard bienveillant des anciens assis sur un banc, toujours prêts à vous faire partager leur bonne humeur.

C’est tout au fond de cette artère que se dressait la célèbre enseigne. À l’époque de mon séjour, l’Hostellerie Bérard ne se résumait pas à un simple hôtel. C’était un ensemble de charme unique abritant un spa, un restaurant gastronomique alors récompensé d’une étoile au prestigieux Guide Michelin, et une table plus classique, le Bistrot de Jef. L’expérience s’étendait aussi un peu plus loin, dans la plaine, avec un potager exceptionnel et des cours de cuisine dispensés à La Bastide des Saveurs.

L’hébergement lui-même était une véritable invitation à l’histoire, puisque les chambres étaient ordonnées dans quatre bâtisses historiques du village. On y retrouvait Le Couvent, un ancien couvent datant du XIe siècle, La Bastide, surnommée « la Maison aux Volets bleus », la maison des Peintres, et enfin Les Remparts, qui abritaient autrefois l’hôtel de préfecture. Toutes les chambres arboraient des noms évocateurs de la région, comme Bleu Méditerranée ou Vert Olive, et étaient aménagées avec des meubles authentiques où le confort et l’intimité flirtaient avec l’élégance. Lors de ma visite en compagnie du directeur commercial, un détail m’avait particulièrement sauté aux yeux, témoignant de la rigueur de la maison : la fraîcheur absolue des peintures. J’avais appris à cette occasion que les chambres étaient repeintes une à deux fois par an, évitant ainsi toute déco tapageuse pour laisser place à une authenticité totale.
Les secrets du potager et du spa de l’Hostellerie Bérard
L’histoire de cet endroit magique commence en 1969, lorsque Danièle et René Bérard, séduits par la région, décident de s’y installer. Pendant de longues années, Danièle, secondée par sa fille Sandra, s’est consacrée au confort des clients de l’hôtel et du spa. Côté cuisine, René et son fils Jean-François, tous deux Maîtres Cuisiniers de France, ont œuvré en totale complicité pour le régal des papilles de leurs hôtes. Au moment de mon reportage, René venait de céder le flambeau des cuisines de l’hôtel à son fils pour se consacrer pleinement à La Bastide des Saveurs, un mas du XIXe siècle où il transmettait son savoir à travers des cours de cuisine depuis plus de vingt ans.

Autour de cette bastide se trouve un potager extraordinaire, ou devrais-je dire, LE potager. Pour ces chefs passionnés, la règle est simple : pour faire les meilleures recettes, il faut les meilleurs ingrédients. Profitant d’un soleil généreux, ils y cultivent amoureusement les légumes et les herbes aromatiques nécessaires à leurs créations culinaires, garantissant une fraîcheur absolue du potager à l’assiette. Ma curiosité m’a également mené à l’Aromaspa de l’hôtel. Aménagé sur 500 m², cet espace inspiré de la Rome antique n’avait pas pris une ride. Composé de dix espaces de détente et de soins aux noms évocateurs de nymphes, il arbore de magnifiques fresques réalisées par un artiste local, Pascal Cessou. Une réussite totale, sans aucune faute de goût.

La surprise des Bérard : Un dîner d’exception en famille
Après avoir arpenté Hostellerie Bérard et pris congé de Stéphane Zanarelli, le directeur en charge de la communication, j’avais toute la matière nécessaire pour mon article. Pour clore mes vacances en beauté, j’avais prévu d’emmener ma petite famille, qui profitait alors du soleil dans une propriété au milieu des vignes du célèbre AOC de Bandol, pour dîner au Bistrot de Jef. Malheureusement, le directeur m’annonça que le bistrot serait fermé ce soir-là. L’histoire aurait pu s’arrêter là, et elle était déjà très belle.
Mais le lendemain matin, veille de notre départ, je reçois un e-mail surprise : « Mme et M. BÉRARD souhaiteraient vous inviter à dîner avec vos enfants, êtes-vous disponible ? » Un tel honneur et une telle générésité ne se refusaient pas ! À notre arrivée, c’est une dame de la réception qui nous accueille chaleureusement et nous invite à prendre place au restaurant gastronomique. C’est à ce moment précis que mon franc est tombé : cette dame que j’avais croisée deux jours plus tôt à la réception sans savoir qui elle était… c’était Madame Bérard en personne !

Pendant tout le repas, elle passait avec élégance d’une table à l’autre pour s’enquérir du bien-être de ses hôtes. Ouvrir une maison en 1969 et être encore là, chaque soir, vigilante, attentionnée et passionnée, force le respect. Sur le mur, une phrase typiquement provençale résumait à merveille l’esprit de la famille : « Belle et simple manière des Provençaux de partager la fête et la convivialité ! »
Ce soir-là, mes enfants et moi avons vécu un voyage culinaire mémorable à travers un menu d’anthologie. Le voyage a débuté par un délicat Velouté d’huîtres en guise de prélude. Est venue ensuite l’asperge verte de Provence, sublimée par un sabayon à l’huile d’olive, de « Culatta » de porc noir de Cinta Senese, d’olives Taggiasche et d’un parmesan affiné de 26 mois. Nous avons continué avec le Foie Gras de Canard frais, cuit dans un bouillon goûteux et escorté de morilles mijotées au jus de truffe, accompagnées de pâtes artisanales à la farine de châtaignes. Le plat de résistance mettait à l’honneur l’agneau de lait des Pyrénées, travaillé avec brio en côtes, en selle et en épaule confite, avec une panoufle farcie aux abats cuits longuement, de savoureuses panisses, des côtes de salades et des févettes. Pour le final sucré, la fraise de Carpentras est entrée en confidence avec le fenouil sauvage, suivie d’un somptueux soufflé au citron de Menton avec son crémeux Yuzu et son sorbet au citron. Pour tout vous avouer, nous avons dû faire l’impasse sur le plateau de fromages tant le repas était grandiose et généreux.
La passion en héritage à l’Hostellerie Bérard
À la fin de ce repas mémorable, le chef Jean-François Bérard est venu en personne saluer notre table. En l’écoutant parler avec des étoiles dans les yeux de ses herbes, de ses aromates et de sa recherche perpétuelle du produit parfait, j’ai instantanément compris comment il avait su maintenir l’Étoile Michelin décernée à la maison depuis 2006.

Né au milieu des casseroles, entre un père cuisinier émérite et une mère excellant dans l’art de recevoir, Jean-François Bérard ne pouvait pas échapper à son destin. Il vit son métier avec une intensité rare. C’est cette même flamme, cette passion dévorante, qui anime la famille Bérard depuis plus de cinquante ans et qui donne à cette adresse son charme et son authenticité inimitables. Comme le disait si bien Stendhal, la vocation consiste à avoir pour métier sa passion.
Aujourd’hui, cet héritage de l’Hostellerie Bérard et ce sens de l’excellence continuent de vibrer à La Cadière-d’Azur. On les retrouve d’une part à travers la cuisine de partage de Jean-François à la Bastide des Saveurs, et d’autre part sous le regard bienveillant et moderne de Marie-Victoire, qui perpétue l’histoire hôtelière familiale au sein de la Maison Bérard.
Quelques infos pratiques sur la Maison Bérard
La Maison Bérard, qui portait autrefois le nom d’Hostellerie Bérard, propose une expérience unique de boutique-hôtel de charme et de bien-être au cœur de la Provence. Située à La Cadière-d’Azur dans le département du Var en France, c’est le point de départ idéal pour découvrir les célèbres domaines viticoles de l’AOC Bandol. Lors de votre séjour, ne manquez pas de vous accorder une parenthèse thermale unique à l’Aromaspa, et descendez dans la plaine pour réserver une immersion gourmande mémorable à La Bastide des Saveurs, où le chef Jean-François Bérard propose désormais sa table de partage.

Prolongez votre voyage sous le soleil du Var
Si la douceur de vivre et les tables de la région vous ont séduit, la nature varoise vous réserve bien d’autres surprises spectaculaires à seulement quelques dizaines de kilomètres de là. Après avoir goûté à l’hospitalité de l’Hostellerie Bérard, je vous invite à reprendre la route vers l’arrière-pays pour découvrir une autre merveille incontournable de la région. Laissez-vous tenter par une escapade rafraîchissante au Lac de Sainte-Croix, le joyau turquoise aux portes des Gorges du Verdon. Entre l’immensité de ses eaux électriques, ses falaises de calcaire vertigineuses et les moments de pur bonheur à partager en famille au fil de l’eau, c’est le prolongement idéal pour vivre une expérience provençale totale, l’appareil photo à la main.
Photos: Christophe Bielsa, Eliophot, Saint-Cyr Images © Hostellerie Bérard.
