Souvenir d’une navigation hors norme sur Spindrift 2, la F1 des mers

de MichelG
Vue aérienne arrière du trimaran Spindrift 2 montrant le sillage et l'écume générés par sa vitesse élevée sur l'océan.

Naviguer sur Spindrift 2, aujourd’hui rebaptisé Sails of Change, est l’une de ces expériences qui marquent une vie de voyageur. Il existe des instants suspendus où l’on se retrouve propulsé dans un univers dont on ignore tout pour y vivre l’exceptionnel. Ce fut mon cas un début de mois de septembre, lors d’une aventure que je ne suis pas près d’oublier, monter à bord de ce géant des mers aux côtés de son skipper Yann Guichard. Une immersion totale dans le monde de la voile de haute performance, là où la technologie de pointe côtoie l’irréel.

Vue trois-quarts arrière du trimaran Spindrift 2 sautant sur les vagues en mer houleuse, laissant apparaître ses foils orange fluo hors de l'eau.
Impressionnant : le géant des mers s’élève au-dessus de la houle, révélant ses foils orange fluo, véritables ailes permettant de survoler l’océan.

Spindrift 2, une rencontre fortuite sous le signe de l’excellence

Tout a commencé de manière presque feutrée, loin des embruns. À l’époque, l’équipage de Spindrift 2 se préparait pour le prestigieux Trophée Jules Verne, ce contre-la-montre planétaire dont le record à battre semblait alors inatteignable : 45 jours, 13 heures et 42 minutes. Pour un néophyte, ces chiffres sont impressionnants ; pour un marin, ils représentent une quête absolue.

Vue trois-quarts arrière du cockpit de Spindrift 2 montrant le skipper Yann Guichard à la barre et son équipage en pleine manœuvre par mer houleuse.
La chorégraphie de la vitesse : Yann Guichard concentré à la barre, soutenu par son équipage, alors que le géant des mers fend une houle impressionnante.

Chaque année, seules 60 personnes dans le monde, hors équipage et écurie technique, ont la chance de monter à bord de cette “Formule 1” des mers. J’ai eu le privilège d’en faire partie, invité par la manufacture horlogère Zenith Watches (groupe LVMH). Le lien entre la haute horlogerie et ce géant des mers est une évidence : la précision millimétrée, la gestion du temps et l’utilisation de matériaux composites avant-gardistes.

Gros plan sur la coque centrale et les flotteurs du trimaran Spindrift 2 frappant les vagues, avec un homme s'avançant prudemment en se tenant.
Face au gigantisme : l’équilibre précaire d’un membre d’équipage se dirigeant vers l’avant sur la coque centrale, alors que le Spindrift 2 frappe la houle.

Je dois vous avouer qu’à cette époque, je ne connaissais rien au monde de la voile. Lorsque j’ai appelé un ami passionné pour lui annoncer fièrement mon invitation sur « Spin… quelque chose », son silence au téléphone en disait long : « Tu te fous de moi ? Sur Spindrift 2 ? Fonce, mon vieux ! C’est comme si on t’offrait un tour en F1 sur le plus beau circuit du monde, avec le champion du monde au volant. »

Immersion à La Trinité-sur-Mer et le gigantisme à quai

C’est ainsi que je me suis rendu à La Trinité-sur-Mer, haut lieu de la navigation française. Après une heure de vol depuis Bruxelles, une navette nous emmenait, mes trois comparses belges et moi, vers le charmant hôtel The Lodge. L’atmosphère de la Bretagne Sud, avec sa lumière si particulière et ses ports chargés d’histoire, installait déjà le décor.

Le mât de 42 mètres du trimaran Spindrift 2 dominant largement les voiliers voisins au port de La Trinité-sur-Mer.
La démesure en un regard : le mât du Spindrift 2 culmine à 42 mètres, surclassant tous les autres voiliers de compétition à quai.

Notre premier contact visuel avec le monstre eut lieu lors du déjeuner. Depuis la terrasse du restaurant, il était impossible de le rater : son mât de 42 mètres dominait le port, trahissant son gigantisme au milieu des autres voiliers de compétition. Les chiffres donnent le tournis : une coque centrale de 40 mètres, une largeur de 23 mètres, et une grand-voile qui se déploie sur plus de 400 m2. Face à cette machine de guerre contre le temps, nous étions comme des enfants en admiration, murmurant avec une pointe d’appréhension : « Et dire que demain, nous naviguerons là-dessus… »

La rencontre avec Yann Guichard : L’humilité des grands

Le soir venu, nous rencontrions le “maître” des lieux : Yann Guichard. Athlétique, disponible et d’une humilité rare, il nous a partagé sa passion née dans le Golfe du Morbihan, alors qu’il n’était qu’un enfant. J’étais attablé à côté de lui, et je devais certainement être l’un des seuls à ne rien connaître aux subtilités de la navigation hauturière.

Vue trois-quarts arrière du cockpit de Spindrift 2 montrant le skipper Yann Guichard à la barre et son équipage en pleine manœuvre par mer houleuse.
La chorégraphie de la vitesse : Yann Guichard concentré à la barre, soutenu par son équipage, alors que le géant des mers fend une houle impressionnante.

Pourtant, malgré mes questions de novice, Yann a répondu à chacun avec une bienveillance incroyable. On sentait chez lui que la voile n’était pas qu’un sport, mais une manière de dialoguer avec les éléments. Il nous expliquait que Spindrift 2 était en perpétuelle évolution, comme un prototype de laboratoire : chaque pièce, chaque câble est optimisé pour gagner quelques secondes sur l’infini de l’océan.

Le jour J à 35 nœuds sur Spindrift 2 et la barre entre les mains

Le lendemain, après un briefing rigoureux dans les bâtiments de l’écurie, nous avons rejoint le géant en mer. Nous étions environ 15 invités à bord, plus les 10 membres d’équipage, et pourtant, l’espace était tel que nous ne nous marchions jamais dessus. Une fois le gennaker de 560 m2 hissé, le voyage a commencé.

Vue en hauteur du trimaran Spindrift 2 avec la voile arborant le logo du sponsor Zenith Watches, prêt pour l'embarquement des partenaires.
Sous le signe de la précision : la grand-voile affichant le partenaire Zenith Watches, prête à propulser le géant des mers pour notre sortie inaugurale.

La météo était parfaite : mer calme, mais vent soutenu. La vitesse est montée progressivement : 10 nœuds, 25 nœuds… pour finalement atteindre 35 nœuds (près de 65 km/h). À cette vitesse, le trimaran ne navigue plus, il survole l’eau. C’est alors que Yann s’est tourné vers moi avec un regard malicieux : « Tu verras, tu tiendras la barre. » Je n’y croyais pas, et pourtant… Quelques minutes à la barre de Spindrift 2 n’ont pas de prix. J’ai tenu le cap jusqu’à 24 nœuds, le cœur battant, impressionné par le sifflement strident des câbles sous tension et le grondement sourd de la mer fendant les coques de carbone. Sentir un flotteur décoller alors que le trimaran s’incline est une sensation de puissance pure. On réalise soudain la fragilité humaine face à une telle force mécanique et naturelle.

Un héritage de précision

Cette expérience m’a permis de comprendre le parallèle avec la manufacture Zenith que j’avais visitée au Locle, en Suisse. Dans les deux cas, on cherche à maîtriser le temps. Sur le bateau, chaque manœuvre est une chorégraphie millimétrée où l’erreur n’a pas sa place.

Zoom aérien sur le cockpit du trimaran Spindrift 2 montrant l'équipage au travail et Yann Guichard à la barre dans une mer houleuse.
Au cœur de l’action : vue plongeante sur le cockpit où l’équipage s’active sous les ordres de Yann Guichard pour dompter la houle bretonne.

Aujourd’hui, alors que d’autres records tombent, je garde en mémoire cette journée où j’ai touché du doigt l’absolu maritime. Une aventure humaine et technique qui prouve que, que ce soit dans l’horlogerie ou dans la navigation extrême, la quête de la perfection est un voyage sans fin. C’est sans doute cela, le vrai luxe : vivre un moment où l’on se sent infiniment petit face à la grandeur d’un défi humain.

L’aventure continue avec Sails of Change

Depuis cette navigation mémorable, le maxi-trimaran a entamé un nouveau chapitre. Désormais baptisé Sails of Change, il porte aujourd’hui un message fort dédié à la protection de la biodiversité marine. Si le nom a changé, l’âme de cette machine de course et l’exigence de son équipage restent les mêmes, tournées désormais vers une cause qui nous concerne tous.

Vue aérienne du maxi-trimaran Spindrift 2 (Sails of Change) naviguant à pleine vitesse sur l'océan, prise depuis un hélicoptère.
La puissance à l’état brut : Spindrift 2 fendant les flots à plus de 30 nœuds, capturé depuis les airs lors de notre sortie en mer.

Si vous cherchez d’autres expériences d’exception…

Si l’adrénaline de la navigation à 35 nœuds vous a fasciné, sachez qu’il existe d’autres moyens de défier les lois de la physique et de toucher du doigt l’inaccessible. Après avoir dompté les vagues, pourquoi ne pas prendre de la hauteur et passer de la barre d’un trimaran aux commandes d’un avion de ligne ?

Le blogueur belge Michel Gronemberger à l'avant du trimaran Spindrift 2, avec la coque centrale et les flotteurs s'étendant derrière lui.
Seul face au géant : un moment d’immensité à la proue de cette machine de course exceptionnelle.

European Flight Simulator : Le rêve d’Icare accessible à tous offre une expérience que peu de passionnés d’aviation imaginent possible : prendre les commandes d’un avion de ligne sans licence de pilote. Voler est sans doute le plus vieux rêve de l’homme, et si s’envoler comme passager est devenu banal, s’installer dans le fauteuil du commandant de bord d’un Boeing 737-800 reste un privilège rare que j’ai eu la chance de tester pour vous.

Vue aérienne arrière du trimaran Spindrift 2 avec un seul flotteur touchant l'eau, illustrant la puissance de la levée sous l'effet de la vitesse.
L’équilibre parfait : à pleine puissance, Spindrift 2 s’élève et ne repose plus que sur un seul de ses trois flotteurs.

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